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12 février 2006

L'attaque des clones

A propos du commentaire de Charles Caillet notamment posté chez Lionel, je fais remarquer en préambule la totale absence de courage politique de Manuel Aeschlimann.

En effet, quand il s’agit d’apporter des précisions par blogs interposés, de rédiger des tracts, de les distribuer dans la ville d'Asnières, d’adresser au frais du contribuable 40.000 lettres (liste électorale) dont le contenu pourrait donner lieu à des plaintes pour diffamation, ces documents sont rarement signés de Manuel Aeschlimann.

Ce fut toujours Francis Delage, son adjoint chargé de la communication, qui en raison de sa loyauté ou autre a été condamné pour diffamation, une bonne dizaine de fois à ma connaissance.

Ou encore, c’est « la majorité municipale » qui a rédigé le fameux communiqué municipal diffamatoire de novembre 2003. Mais, manque de chance pour Francis Delage, comme cette « majorité municipale » n’a pas d'existence juridique, c’est encore lui qui a dû se présenter spontanément devant le juge d’instruction et qui a déclaré qu’il assumait entièrement la responsabilité de la rédaction de ce document diffamatoire, même s’il a reconnu que tous les membres de la majorité, au cours d’une « réunion de préparation » dudit communiqué, ont mis la main à la pâte (preuve s'il en fallait des nombreuses compétences que l'on trouve dans la majorité municipale).

Ceci est tellement vrai que le 6 septembre 2005, le Tribunal Correctionnel de Nanterre a condamné le multi-récidiviste Francis Delage pour « complicité » de diffamation, reconnaissant par là même que tous les membres de la majorité municipale aurait dû être mis en examen et condamnés !

Francis Delage étant maintenant malade, il semble avoir été cloné en Charles Caillet, 1er adjoint au maire, en tout cas jusqu’à récemment puisqu'il vient apparemment d’être nommé, pour l’occasion, « adjoint délégué à la communication ».

Sachant que trop bien combien il pourrait lui en coûter personnellement de chanter faux devant le public judiciaire, c'est ainsi cette fois-ci sous les traits de Charles Caillet que Manuel Aeschlimann nous chante comme à son habitude des amalgames de trois sous.

Etant donné que d'après mon décompte il y en a cette fois-ci plus d’une quinzaine, et ce en l’espace de 12 couplets (très fort le chanteur !), je m'attache pour l'instant à ne rétablir la vérité que sur les deux principaux, les dix autres étant du même tonneau.

Amalgame n° 1

Charles Caillet affirme que « Le maire adjoint à la communication mis en cause pour un communiqué datant de 2003 a fait appel. Or, fait très important, le 25 janvier 2006, la cour d’appel de Versailles a rendu un arrêt décidant la réouverture des débats. De nombreux paramètres sont aujourd’hui connus alors qu’ils ne l’étaient pas en 2003. D’où l’intérêt de cette réouverture. De même, l’association des riverains présidée par monsieur de Beauregard a toujours prétendu n’avoir aucun rapport avec l’organisation Elahi. Or, autre fait essentiel, la cour d’appel de Versailles a décidé de lier les deux affaires. »

Analysons, car on part bien de quelque chose qui est vrai, à savoir que la cour d’appel de Versailles a ordonné la ré-ouverture des débats, mais ...

Charles Caillet oublie tout d'abord de dire que le maire-adjoint à la communication (Francis Delage et non pas son récent clone, Charles Caillet) n’a pas simplement été « mis en cause pour un communiqué datant de 2003 », mais condamné pour diffamation par le Tribunal Correctionnel de Nanterre pour avoir rédigé avec d’autres, et diffusé, un communiqué plus un tract.

Soit deux condamnations pour diffamation à l’égard de la Fondation Ostad Elahi, une condamnation pour diffamation à l’égard de l'association de quartier que je préside et une condamnation pour diffamation à l’égard de Maître François Améli, avocat de la famille Elahi. C'est un fait qui gagne à ne pas être oublié.

Charles Caillet oublie également de dire que la ré-ouverture des débats a été demandée par la Fondation Ostad Elahi, pour pouvoir avoir accès aux notes des RG et afin ainsi que le débat judiciaire porte sur leur contenu. Or, l’aurait-elle fait si elle avait quelque chose à cacher ?

D'autre part, il est rare qu’une cour d’appel accède à une telle demande. Or, la Cour d’Appel de Versailles l’a fait : elle a réclamé au gouvernement la « déclassification » des notes confidentielles des RG afin que la vérité soit rétablie.

Ainsi, je ne vois pas en quoi il s'agirait là d’une victoire municipale, comme le présente Charles Caillet, mais bien le contraire. Pour information, la Cour a aussi réclamé la note de la Miviludes qui est l’organisme de vigilance contre les dérives sectaires. Et cette note serait apparemment en cours de préparation.

D'autre part, pourquoi la Cour d’Appel a fait une « réouverture des débats » et pourquoi elle n’a pas réclamé ces notes avant ?

Et bien tout simplement parce que comme par hasard les notes des RG ont filtré dans le journal le Monde, seulement quelques jours après la clôture des débats devant la Cour de Versailles.

Tout le monde avait plaidé, et, tout d’un coup, sortent des notes RG, des articles, des reportages TV, alors que la Cour avait mis l’affaire en délibéré ...

Quelqu’un a-t-il voulu influencer la justice par organes de presse interposés ? On ne sait pas. On sait seulement que la Cour d’appel de Versailles ne s’est pas laissée impressionner par ce battage médiatique à sensation et qu'elle demande aujourd’hui à rétablir la vérité.

Enfin, mon association de quartier n’a pas de rapport avec la Fondation Ostad Elahi. Je l’ai toujours dit et je le répète encore une fois. C’est la Mairie d’Asnières qui lie les deux structures.

Il est donc naturel que la Cour d’Appel qui demande la communication d’une note des RG au gouvernement, laquelle note parle de l’existence de relations entre l’association et la fondation (d’après ce qu’en a révélé le journal le Monde) rouvre les débats pour les deux affaires.

Pour rassurer Charles Caillet, mon avocat m'a expliqué que ces deux affaires restaient disjointes, sinon le juge aurait pu décider de les joindre en faisant ce que les juristes appellent une « jonction », ce qui n’a pas été le cas.

Il y aura donc, le même jour, deux plaidoiries et deux affaires différentes.

Amalgame n° 2

Charles Caillet affirme « Et puisque l’on énumère les plaintes et procès, il est utile de préciser que plusieurs membres de l’organisation Elahi ont déjà perdu, et définitivement puisqu’ils n’ont pas fait appel, une plainte contre un tract qu’ils jugeaient diffamatoire. C’est un non lieu qui a clos cette affaire […] Sur la plainte en dénonciation calomnieuse déposée par Monsieur A.* contre Francis Pourbagher. Il est utile de rappeler que monsieur Pourbagher a tout d’abord déposé plainte au commissariat d’Asnières en 2003 pour tentative d’intimidation. Il a en effet considéré qu’un automobiliste, qui a été identifié par la police grâce à son numéro d’immatriculation, était passé bien trop près de lui et qu’il n’avait eu que le temps d’esquiver cette voiture. L’automobiliste en question, Monsieur A., a ensuite porté plainte pour dénonciation calomnieuse. Dès lors qu’il s’est constitué partie civile, la mise en examen de Francis Pourbagher devenait automatique, avant même tout jugement sur le fond de l’affaire. »

(*) j'ai remplacé le nom du militant associatif par son initiale, afin de préserver son image.

Rétablissons encore une fois les faits.

Le 29 octobre 2003, Francis Pourbagher, directeur de cabinet de Manuel Aeschlimann, dépose une plainte contre l’un des membres de mon association de quartier pour « violence volontaire avec arme par destination » (en termes clairs, Francis Pourbagher s’estimait victime d’une tentative d’écrasement par voiture), en donnant le numéro de plaque d’immatriculation de la voiture de M. A. qui, le soir du 28 octobre, distribuait des tracts de mon association avec deux autres membres de ladite association (son épouse et une troisième personne).

Le 30 octobre, au saut du lit, M. A. est cueilli sous les yeux ahuris de son épouse par deux policiers de la BAC (Brigade Anti-Criminalité de la Police Nationale).

Il passe 8 heures en garde à vue. Les policiers lui font assez rapidement comprendre qu’ils ne croient pas un mot du pseudo attentat à la vie de Francis Pourbagher, mais que, s’agissant d’un directeur de cabinet de député-maire, il faut y mettre les formes. Il est libéré dans l’après-midi, après intervention du procureur.

Fait marquant, M. A. est chercheur pour un grand organisme de recherche. Autre fait marquant, le commissaire divisionnaire du commissariat d’Asnières a été muté depuis lors.

Le 2 novembre 2003, Le Journal Du Dimanche publie une interview de l’avocat de Francis Pourbagher, à l’époque Maître Tubiana, qui déclare que son client est la victime d’une secte qui sévit dans le quartier du métro à Asnières, et Manuel Aeschlimann ajoute dans la même interview qu’une « enquête policière est lancée sur le maître » de cette secte.

Le 3 novembre 2003, Manuel Aeschlimann débarque l'un de ses maire-adjoints, Olivier Chazoule, pour avoir dit-il collaboré avec la secte.

Les 4 et 5 novembre 2003, sont répandus dans la ville d’Asnières une lettre anonyme intitulé « Danger : Secte ».

La lettre développe en gros les idées que Charles Caillet soutient aujourd’hui, met en cause une vingtaine d’asniérois nommément désignés comme faisant partie de l’organisation, et est signé des « ex-adeptes qui ont choisi de ne plus se taire ».

Fait marquant, cette lettre est imprimée sur une double feuille A4, soit au même format que le communiqué municipal diffamatoire de novembre 2003 évoqué ci-avant et qui allait sortir quelques jours plus tard ...

Elle comportait les mêmes assertions que celles de la mairie dans ses communiqués parus depuis. Elle était accompagnée des mêmes extraits de la même édition (aujourd’hui épuisée) du livre de Bahram Elahi. Tout cela comme dans le récent communiqué de Charles Caillet, aujourd’hui mis en ligne sur internet.

Ensuite, en novembre et en décembre 2003, Manuel Aeschlimann écrit à tous les députés, sur papier à entête de l’Assemblée nationale, et reprent les même propos.

Car il sait pertinnement qu’une lettre adressée à 500 députés ne peut pas faire l’objet d’une plainte pour diffamation publique devant le Tribunal correctionnel, 500 étant un chiffre jugé trop faible lorsqu’il s’agit de lettres fermées et adressées à des personnes ayant une communauté d’intérêt (cas des députés entre-eux).

C’est pour cela que là il n'a pas hésité à la signer personnellement ...

Plainte ont donc été déposées contre la lettre anonyme, les communiqués et les tracts de la mairie.

La première lettre adressée aux asniérois étant par définition anonyme, le juge d’instruction ne put mettre en examen quelqu’un de particulier, à moins qu’on lui apporte la preuve de la rédaction ou de la distribution.

Les données du problème et les similitudes des propos entre lettre anonyme et communiqué de la mairie rendent toutefois perplexe le juge d’instruction. Au point que (et Charles Caillet oublie de le dire, par oubli sans doute) le doyen des juges d’instruction de Nanterre auditionne Manuel Aeschlimann en tant que témoin assisté (ce qui est le stade juste avant la mise en examen) en septembre 2004.

La justice étant extrêmement minutieuse et Manuel Aeschlimann ayant nié toute participation à la rédaction de la lettre anonyme, le juge ne pu donc que constater l’absence de preuve suffisante, tout en relevant la similitude des deux documents. Le résultat fut un non-lieu. Et personne ne fit appel de cette décision puisque personne ne pouvait rapporter la preuve que c’était bien la mairie qui était à l’origine de la lettre anonyme.

D’ailleurs, autre fait intéressant : à ce jour, malgré tout le ramdam municipalo-médiatique à propos de la Fondation Ostad Elahi, aucun « ex-adepte ayant choisi de ne plus se taire » ne s’est fait connaître, à l'exception d'un iranien, qui ne parle ni n’écrit le français, et qui ne peut donc manifestement pas être à l’origine du document intitulé « danger : secte ».

Entre temps, la plainte déposée par Francis Pourbagher contre M. A. a été classée sans suite par le procureur faute de preuve. Des mauvaises langues disent même que Francis Pourbagher ne se trouvait pas dans la rue où il prétend avoir été à l’heure dite. Mais, c'est au juge qu'il reviendra de trancher en écoutant les témoins de la scène.

Surtout, en raison de l’hypothèque que cela faisait peser sur sa carrière professionnelle, car bien entendu M. A. a informé lui-même son employeur des accusations dont il faisait l’objet, celui-ci ne pouvait que déposer plainte pour dénonciation calomnieuse.

Francis Pourbagher a été mis en examen en 2004 et a été renvoyé devant le tribunal correctionnel en novembre 2005. Il doit être jugé au cours d’une audience qui aura lieu le 26 mai 2006.

Contrairement à la version de Charles Caillet, la mise en examen dans une telle affaire n’est pas automatique. Francis Pourbagher a été entendu par le juge d’instruction Paule Nahon du Tribunal de Nanterre, et M. A. aussi.

Il y a eu également confrontation entre les deux hommes par les services de la police et par le juge d’instruction. Et c’est après avoir mené ses investigations que le juge d’instruction a décidé de mettre en examen Francis Pourbagher et que le procureur l’a renvoyé devant le Tribunal Correctionnel.

Voilà pour quelques amalgames et non-dits.

Je m’arrête là.

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Voici les sites qui parlent de L'attaque des clones :

» DEMOCRATIE 2.0 : Une révolution « SOFT » de Laurent Bervas
Les révolutions qui réussissent sont menées par des modérés, ils se mettent en mouvement quand le monde autour d’eux devient extrême (1). Quand ceux qui ont le pouvoir se comportent comme des truands, quand le système politique continue à être [Lire la suite]

Commentaires

J'ai signalé votre blog dans mon billet "Mayetic : les amis de l'adversaire de la société". Merci de ne pas multiplier les rétroliens !

Bruno,

Je suis ravi de voir que l'affaire Mayetic occupe dorénavant la place qui aurait du être la sienne dans le débat. Je suis ravi aussi de voir que vous vous exprimez directement et répondez directement aux allégations qui sont écrites sur la Toile. Comme je l'avais écrit sur un billet récent (ici) si j'étais Charles Caillet, je serais plutôt inquiet pour ma délégation avec les habitudes que l'on connaît à Manuel Aeschliemann...

Bruno, merci pour ce blog qui nous en dit beaucoup sur les pratiques de ce que Irène Delse appelle le "clan des franciliens". J'espère quand même que tu n'auras pas à souffrir des mêmes déboires que ton voisin, Christophe Grébert. Quoi qu'il en soit, sache que l'on te soutiendra.

Ah oui, le "clan des franciliens", expression fort intéressante trouvée chez Philippe Collin. De Don Pasqua à Don Sarkozi...

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